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La congélation des ovocytes,

est-ce que ça marche ?

Pour comprendre quelles sont les chances d’avoir un enfant suite à une conservation d’ovocytes, deux facteurs sont essentiels : l’âge au moment de la congélation des ovocytes, et le nombre d’ovocytes recueillis.

Le don, la méthode la plus efficace de PMA

 

Un constat : le don a fait ses preuves. Contrairement à ce qu’avancent ses détracteurs, la congélation des ovocytes n’est pas une technique nouvelle. Les procédures de conservation les plus fréquentes aujourd’hui sont liées au don. 

En Europe, 21604 femmes ont par exemple bénéficié d’un don d’ovocytes pour âge avancé en 2009. En 2007 déjà, une étude concluait que le don d’ovocytes était le traitement ayant le taux de grossesse et d’implantation le plus élevé de tous les traitements de PMA. Elle se basait sur un programme sur 10 ans ayant montré qu’on pouvait obtenir un taux de grossesse clinique par cycle de 53%, avec un taux d’implantation de 38%, et un taux cumulatif de grossesse après cinq cycles de 96,8%.

Pour toutes les femmes ?

Grâce à ces données sur le recours au don d’ovocytes, on sait donc que la congélation des ovocytes est une méthode fiable. Mais elle n’est pas pour toutes les femmes, ni à tous les âges. Dans cet article, on se penche sur les chiffres exacts des résultats. Pour qui? Pour quoi ? Quand?

Au Japon, la naissance du premier enfant issu d’un ovocyte vitrifié remonte à 1999 !

Et en 1984 en Australie, naissait Zoé, premier bébé après une congélation embryonnaire.

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Être sa propre donneuse

Au coeur du principe d’auto-congélation des ovocytes : permettre à une femme d’être sa propre donneuse, en conservant ses ovocytes pour pouvoir les utiliser si besoin futur dans le cadre d’un recours à la procréation médicalement assistée.

On est jamais mieux servie que par soi-même parait-il.

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Les résultats, en moyenne

Que ce soit dans le cadre d’un don, pour raisons médicales ou non-médicale, les chiffres moyens sont :

 

•           9 ovocytes recueillis par cycle

•           85% de taux de survie des ovocytes après dévitrification
 

•           70% de chance de fécondation par FIV avec ICSI
 

•           40% de taux global de grossesse

 

Attention, ces estimations proviennent d’une étude menées auprès de 27 pays d’Europe avec des grandes disparités de pratiques ou de recensement des données.

 

Si on rentre dans le détail de ces moyennes, les résultats varient énormément selon l’âge au moment du recueil des ovocytes, et selon le nombre d’ovocytes ponctionnés.

Le décalage entre vieillissement des ovocytes et de l’utérus

Ce qui influence le plus la fertilité d’une femme en bonne santé, c’est le vieillissement de ses ovocytes, dont la quantité et la qualité baissent drastiquement autour de 35-38 ans. C’est ce qui explique la chute des taux de réussite des techniques classiques de PMA avec l’âge.

Ce qui influence le plus la fertilité d’une femme en bonne santé, c’est le vieillissement de ses ovocytes, dont la quantité et la qualité baissent drastiquement autour de 35-38 ans. C’est ce qui explique la chute des taux de réussite des techniques classiques de PMA avec l’âge.

L’utérus, lui, reste en forme plus longtemps, il permet de supporter une grossesse saine jusqu’à 45 ans.

Un peu déréglée, cette horloge biologique…

Un vieillissement à deux vitesses.

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C’est ce qui explique qu’une femme biologiquement « âgée », disons de 40 ans, puisse mener une grossesse sans encombre en bénéficiant d’ovocytes plus « jeunes » qu’elle. Que ce soit ses propres ovocytes conservés par le passé, ou via un don d’ovocytes.

Cependant, à partir d’environ 45 ans, même avec des ovocytes « jeunes », le taux de naissances diminue. Le taux de fausse couche atteint notamment des sommets.

 

Ce recours à la médecine et à l’implantation d’ovocytes jeunes permet donc de « gagner » environ 5 ans de temps supplémentaire pour mener une grossesse à bien. Il peut se justifier comme réparant une “injustice de la nature” : le décalage entre le vieillissement du corps et le vieillissement des ovocytes. 

Quelles variables influencent les chances d’une naissance ?

Pour évaluer la chance d’obtenir une naissance vivante, il faut s’intéresser à l’âge des femmes au moment où elles ont décidé de congeler leurs ovocytes.

De même que plus les ovocytes sont jeunes plus les chances de grossesse sont élevées, plus les ovocytes sont prélevés jeunes, plus les chance d’en prélever en grand nombre et en bonne santé sont élevées (voir l‘article sur le processus médical de conservation).

L’enjeu de l’âge dans le nombre d’ovocytes prélevés

 

La survie des ovocytes après dévitrification est autour de 85%, et le taux de grossesses pour un ovocyte dévitrifié est entre 4,5% et 12 % selon les études.

A prendre en compte si vous voulez estimer le nombre de cycle de ponction nécessaire !

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Vu ce bas taux de grossesse par ovocytes, pour qu’une femme ait une réelle chance de tomber enceinte avec ses ovocytes conservés, il est donc “nécessaire d’obtenir suffisamment d’ovocytes, en moyenne 15 à 20.” dit le CCNE.

 

De quoi dépend le nombre d’ovocytes prélevés en une fois ? C’est l’âge de la femme qui joue.

Il faudra potentiellement 3 ponctions à une femme de plus de 35 ans pour obtenir suffisamment d’ovocytes. Alors qu’une femme de 30 ans en prélèvera peut-être 15 dès la première ponction et décidera de s’arrêter là.

 

Etudes de résultats en clinique

 

Une étude de 2016 a été réalisée sur 7 ans avec des femmes venant réaliser une congélation des ovocytes pour raisons médicales.

 

Le nombre moyen d’ovocytes ponctionnés par cycle de ponction évoluait comme ceci :

A 30 ans, 14,75 ovocytes

A 35 ans, 13 ovocytes

A 38 ans, 10 ovocytes

A 42 ans, 8 ovocytes

A 45 ans, 3 ovocytes

 

A signaler : les disparités sont grandes selon les femmes. A 30 ans, une patiente avait pu prélever 25 ovocytes en une fois, contre 6 chez une autre ; à 35 ans une patiente en avait obtenu 39 contre 1 chez une autre. A 45 ans, les différences s’amoindrissent : 9 ovocytes prélevés au plus haut, 1 au plus bas.

 

Une autre étude a été conduite en Espagne entre 2010 et 2015, spécifiquement pour des démarches d’auto-conservation en vue de pallier la baisse de fertilité liée à l’âge.

Le nombre d’ovocytes ponctionnées variait selon l'âge de la femme au moment de la conservation. Entre 36 et 40 ans, les femmes ont recueilli 6 ovocytes par cycle en moyenne. Les plus de 40 ans n’ont en prélevé que 3,9 ovocytes par cycle.

 

 

L’enjeu de l’âge sur la qualité des ovocytes

 

De même que plus la femme est jeune plus le nombre d’ovocytes prélevés est élevé, plus la femme est jeune, plus les chance que les ovocytes prélevés soient en bonne santé sont élevées. A nombre équivalent d’ovocytes prélevés, c’est l’âge de la femme au moment du prélèvement qui fait la différence.

 

Etudes de résultats en clinique

 

Sur l’étude des chiffres d’une des cliniques, des femmes ayant congelé 8 ovocytes à moins de 35 ans avaient 40% de chance d’obtenir une naissance vivante. 

Pour des femmes ayant congelé 8 ovocytes à plus de 36 ans, la chance de naissance chutait à 15%.

Pour des femme en ayant congelé 15 à moins de 35 ans, les chances d’obtenir une naissance étaient de 90%.

Si la congélation avait lieu après 36 ans, les chances étaient de 40%.

 

Dans une autre étude espagnole menée entre 2010 et 2015, le taux de survie des ovocytes dévitrifiés était de 85%.
Le taux de naissance vivante était de 50% chez les patientes de moins de 35 ans au moment de la vitrification, et de 23% chez celles de plus de 36 ans.

 

Pour une femme congelant ses ovocytes avant 35 ans, son taux de chance d’obtenir une naissance fait donc plus que doubler par rapport aux femmes qui en font la démarche à 36 ans ou après !

 

Une limite à ces études : le peu de recul sur le choix d’utiliser ses ovocytes

 

Étant donné le faible temps de recul sur cette pratique, toutes ces études se basent sur un nombre de cas limité de femmes ayant eu recours à leurs ovocytes conservés plus tôt.

Par exemple, dans l’étude espagnole menée entre 2010 et 2015, seulement 137 femmes sur 1468 à avoir fait le process en 2010 ont déjà demandé l’utilisation de leurs ovocytes, après un délai de 2,2 ans. La part représentée est donc très faible.

Conclusion

En conclusion, les résultats varient donc énormément selon l’âge au moment du recueil des ovocytes, et selon le nombre d’ovocytes ponctionnés.

 

Dans l’ensemble, les études confirment toutes que la conservation avant 35 ans permet de plus grandes chances de recueillir un nombre suffisant d’ovocytes de qualité suffisante pour garantir une chance raisonnable d’avoir un enfant.

Un article de Marie Brière de la Hosseraye

Mise à jour février 2020

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Abir R, Ben-Aharon I, Garor R, Yaniv I, Ash S, Stemmer SM, Ben-Haroush A, Freud E, Kravarusic D, Sapir O, Fisch B. Cryopreservation of in vitro matured oocytes in addition to ovarian tissue freezing for fertility preservation in paediatric female cancer patients before and after cancer therapy. Hum Reprod. 2016 Apr;31(4):750-62. doi: 10.1093/humrep/dew007. Epub 2016 Feb 4. PMID: 26848188.

 

Vassiliki Simoglou, « Synthèse de la littérature contemporaine sur l'infécondité féminine lors des FIV par don d’ovocytes », Recherches en psychanalyse 2012/1 (n° 13), pages 60 à 72

 

fiv.fr

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Sources

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Zalusky, S. (2000). Infertility in the age of technology. Journal of the American Psychoanalytic Association, 48, 1541-1562.

 

Budak, E., Garrido, N., Soares, S. R., Melo, M.A., Meseguer, M., Pellicer, A. & Remohi, J. (2007). Improvements achieved in an oocyte donation program over a 10-year period: sequential increase in implantation and pregnancy rates

 

Cobo A, García-Velasco JA. Why all women should freeze their eggs. Curr Opin Obstet Gynecol. 2016 Jun;28(3):206-10. doi: 10.1097/GCO.0000000000000269. PMID: 27031375.

 

Devine, Kate et al. “Baby budgeting: oocyte cryopreservation in women delaying reproduction can reduce cost per live birth.” Fertility and sterility vol. 103,6 (2015): 1446-53.e1-2. doi:10.1016/j.fertnstert.2015.02.029

Vernaeve, V., Reis Soares, S., Budak, E., Bellver, J., Remohi, J. & Pellicer, A. (2007). Mise au point : Facteurs cliniques et résultats du don d’ovocytes. Gynécologie Obstétrique & Fertilité, 35, 1015-1023.decrease in high-order multiple pregnancies. Fertility Sterility, 88, 342-9.

 

Lamarche, C., Lévy, R., Felloni, B., Mouzon de, J., Denis-Belicard, E., Huss, M., Maubon, I., Aknin, I. & Seffert, P. (2007). Prise en charge en Assistance médicale à la procréation des femmes de 38 ans et plus : résultats d’une enquête à propos de 84 couples. Gynécologie Obstétrique & Fertilité, 35, 420-9.

 

Mmes Corinne IMBERTMuriel JOURDA, MM. Olivier HENNO et Bernard JOMIER au nom de la commission spéciale. Rapport du sénat de premiere lecture du 8 janvier 2020 sur le projet de loi relatif à la loi bioéthique.

 

Noyes N, Labella PA, Grifo J, Knopman JM. Oocyte cryopreservation: a feasible fertility preservation option for reproductive age cancer survivors. J Assist Reprod Genet. 2010 Aug;27(8):495-9. doi: 10.1007/s10815-010-9434-3. Epub 2010 May 18. PMID: 20480389; PMCID: PMC2941585.

 

Danis RB, Pereira N, Elias RT. Random Start Ovarian Stimulation for Oocyte or Embryo Cryopreservation in Women Desiring Fertility Preservation Prior to Gonadotoxic Cancer Therapy. Curr Pharm Biotechnol. 2017 Nov 10;18(8):609-613. doi: 10.2174/1389201018666170808122531. PMID: 28786354.

 

Noyes N, Melzer K, Druckenmiller S, Fino ME, Smith M, Knopman JM. Experiences in fertility preservation: lessons learned to ensure that fertility and reproductive autonomy remain options for cancer survivors. J Assist Reprod Genet. 2013 Oct;30(10):1263-70. doi: 10.1007

 

Lorriaux Aude, slate.com, "Si vous songez à congeler vos ovocytes, lisez d’abord ceci"

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