fertilité ovocytes congélation femme

C'est quoi l'horloge biologique ?

L’horloge biologique, c’est quoi ? Quand est-ce que les chances d’avoir un enfant diminuent ? A quel âge est-il dangereux de tomber enceinte? Est-ce qu’il y a un âge idéal pour procréer ?

« Et toi tu t’y mets quand ? Faut pas trop tarder quand même.» Vous avez peut-être déjà entendu ça quelque part.

 

En focalisant l'attention sur l’horloge biologique, on ne permet pas à certaines femmes d’être femme autrement qu’en étant mère. On ne leur laisse pas l’espace de se demander si oui, ou non, elles désirent réellement avoir des enfants, et si oui, quand ?

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L'expression "horloge biologique" vient d'un article du Washington Post publié en 1978. Le journaliste utilisait pour la première fois cette métaphore pour parler des difficultés des femmes à conjuguer avancée dans leur carrière et vie familiale.

 

A ne pas confondre avec l'horloge biologique au sens de l'horloge interne ou circadienne, qui désigne en biologie tous les phénomènes de notre corps régulés par cycles.

Pour celles qui le souhaitent, la pression de l’horloge biologique peut s’avérer d’autant plus angoissante. Cette « date butoir » et son fameux "tic, tac" peuvent paraitre épouvantable. Certaines gynécologues se refusent même à utiliser le terme.

Cette idée se réfère à un phénomène concret : la période reproductive, “une des multiples périodes de la vie d’une femme, limitée dans le temps” au cours de laquelle elle peut avoir un enfant.
 

Mais comment s’explique cette durée de la fertilité et sa limite ? Pour le comprendre, il faut s’intéresser à la réserve ovarienne chez les personnes qui possèdent un utérus.

Les explications de la spécialiste

Pr. Nathalie Massin, Responsable du service Fertilité Check-up du Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil​

Elles en parlent : vécu et ressenti

Podcast réalisé par Lucile Marthe

C'est quoi pour toi l'horloge biologique ?
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Avant de se lancer dans les explications médicales ci-dessous, Lola nous transporte en deux minutes au-delà du cadre rigide qui associe vieillissement des gamètes et parentalité.

- Extrait du récit de Lola, l'épisode complet est en libre écoute ici !

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La réserve ovarienne

Chez une femme, dans chaque ovaire, il y a des petites cavités appelées "follicules". Les follicules sont comme des petits sacs, qui contiennent des ovocytes.

Chacune nait avec un nombre fixe d'ovocytes. Autrement dit, une femme possède dès la naissance son stock d’ovocytes pour le reste de sa vie.

Hello Ovaire

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Voilà à quoi ressemblent les follicules sur une échographie.

— Leur nombre est limité, mais combien en a-t-on?

Dans le ventre de la mère, au début de la vie utérine, on compte autour de 5 millions de follicules ovariens. A la naissance, 1,4 millions. Et à la puberté ? C’est autour de 400 000 follicules qui sont encore présents. Enfin après 37 ans, autour de 25 000 puis 10 000 à 40 ans. Au moment de la ménopause, la réserve ovarienne contient en général près de 1000 follicules ovariens (Les chiffres que l’on connait sont des moyennes indicatives, ils peuvent varier selon les corps).

L'ovogenèse

Les ovocytes se réfèrent aux cellules sexuelles de la femme. Il s’agit de la plus grande cellule du corps humain, mesurant 0,0001 mm. Au sein de l’ovaire se joue un processus de maturation et de division de l’ovocyte, qu'on appelle "ovogenèse".
Chaque mois, environ 600 ovocytes démarrent leur croissance, mais au bout de 2,5 mois, sur ces 600 ovocytes, seul un se sera transformé en un ovocyte mature, les autres ayant dégénéré.
Cet ovocyte mature est alors appelé un "ovule", et c’est cet ovule qui est expulsé hors des ovaires lors de chaque cycle menstruel. Il peut alors être fécondé par un spermatozoïde.

Recul de l’âge de la grossesse

Aujourd’hui, l’âge de la première grossesse a considérablement reculé, et se stabilise autour de 31 ans en France.

Les causes ? Une volonté de prioriser les études, la vie professionnelle, d’être suffisamment stable financièrement pour assumer un enfant, ou encore la difficulté à trouver le ou la bonne partenaire de vie, à une époque où les divorces sont fréquents. Dans les milieux urbains, la première grossesse est sans surprise plus tardive, aux environs de 34 ans.

Des études plus longue, une des raisons majeures du recul de l'âge des grossesses.

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Evolution de l'âge moyen des mères à la première naissance

Source : Centre d'observation de la société, adapté de l'Insee

Age moyen à l'accouchement selon le diplôme

Source : Davie, 2010 - adapaté de l'Insee.

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C'est là que l'horloge biologique devient un sujet : la fertilité elle, commence à baisser après 35 ans.

La fenêtre "idéale" de fertilité biologique d'une femme ne correspond plus toujours à sa fertilité qu'on pourrait dire "sociale" - c'est à dire le moment où elle désire et se sent prête à avoir des enfants.

Elles en parlent : vécu et ressenti

Podcast réalisé par Lucile Marthe

- Petit extrait en attendant la sortie de l'épisode complet du récit de d'Amélie !

Comment tu as décidé "quand" ?
00:00 / 02:35

Amélie a longtemps hésité avant d'avoir un enfant, avant de se décider, à 42 ans.

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Y a-t-il un âge idéal pour tomber enceinte ? Non. Mais il y a une période, une « fourchette de temps » un peu plus favorable biologiquement.

La période de fertilité

L’insuffisance ovarienne physiologique est aux alentours de 37 ans environ, avec une chute de la fertilité de l’ordre de 15 % par mois à partir de cet âge. La probabilité de tomber enceinte est optimale entre 18 et 30 ans.

 

Quelques chiffres :

Selon les études, les chances de tomber enceinte commencent à baisser entre 25 et 35 ans, mais la chute est vraiment drastique à partir de 40 ans. C’est aux alentours de 37 ans qu’on observe en général une chute de la fertilité de 15% par mois. Entre 35 et 40 ans, le risque d'infertilité passe de 15% à 32%. 

Dans tous les cas il faut savoir qu’une grossesse a une chance sur 4 de survenir durant chaque cycle d’ovulation (la période féconde du cycle menstruel de la femme). Statistiquement, le taux de conception baisse ensuite, passant donc, sur une année, de 75% à 30 ans, à 66% à 35 ans, à 44% à 40 ans. Ce qui explique le cas de « fausses infertilités », où des grossesses surviennent après plusieurs mois d’attente et d’essais infructueux. La capacité des femmes à tomber enceinte ne dépend donc pas uniquement de la ménopause, qui survient en moyenne vers 51 ans. 

La ménopause correspond à l’arrêt des fonctions ovariennes de la femme. En conséquence, la femme n’ovule plus et ses menstruations cessent.

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Ce que ça veut dire exactement, c’est qu’après 35 ans, la fécondation peut devenir plus aléatoire. Mais loin d'être impossible ! Elle peut par contre demander plusieurs mois, voire plusieurs années d’attente. Tout dépend aussi de la fertilité du géniteur masculin, bien sur.

Pas de panique, il faut surtout être patiente.

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Pour résumer, le recul de l’âge de la première grossesse participe donc à une infertilité que les médecins appellent « relative », c’est-à-dire un allongement de l’attente pour fécondation naturelle. Il faut simplement plus de tentatives pour que le processus biologique aboutisse.

Risques associés à la grossesse tardive

Il faut différencier les chances de débuter une grossesse, et celles d’accoucher en bonne santé. 

Plus on vieillit, plus on a de risques potentiels, notamment cardiovasculaires. “La grossesse, c’est un stress sur le corps. Une grossesse après 30 ans est un facteur de risque multiplié par 1,5 d’avoir un cancer du sein,” explique le Dr. Gompel, gynécologue spécialiste de cette maladie. “Une grossesse, c’est 8 fois plus de risques pour la santé de la femme que la pilule”. L’âge et la santé de la femme concernée impactent donc sa capacité à accoucher sans encombre. Mais ces données varient selon les femmes. Quand une première grossesse survient jeune, il est plus simple d’avoir des grossesses plus tard par exemple.

 

Les grossesses tardives augmentent aussi le risque de fausses couches. A 40 ans le taux de fausses couches spontanées est de 30%. Pour trouver les responsables, il faut regarder du côté des ovocytes, 80% présentant des anomalies. 

La fertilité masculine

Les femmes ont donc bel et bien une fertilité limitée dans le temps, et ce, tout comme les hommes. Eh oui, même si l’accent est sans cesse mis sur l’âge des femmes, celui des hommes influence aussi sa fertilité! On pense souvent, à tort, que ce n’est pas le cas, étant donné que la production de spermatozoïdes se renouvelle quotidiennement. Mais la qualité du sperme, elle, baisse avec le temps : son volume, sa mobilité, voire sa morphologie changent (voir l'article Perception genrée de la fertilité).

Résultat ? On estime que les chances pour un homme d’avoir un enfant baissent de 2% chaque année, dès 25 ans. Même si on n’observe pas de déclin rapide comme chez la femme, la baisse existe, faible mais stable dans le temps. Une étude française sur les couples ayant eu recours à la fécondation in vitro témoigne d’une augmentation du risque que la grossesse échoue quand le père a plus de 40 ans.

De plus en plus d’études établissent un lien entre le fait d’avoir un père plus âgé et le risque de naître autiste, avec un trouble bipolaire, ou du déficit de l’attention. Le risque serait augmenté de 95% pour le trouble bipolaire chez les pères de plus de 55 ans par rapport à ceux de 24 ans. Pour le trouble autistique, avoir un père de plus de 40 ans augmente le risque par six.

Chez les femmes en revanche, le risque n'est pas significatif.

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Pour celles qui auraient besoin de faire taire le métronome de l’horloge, quelles solutions ?

Aujourd’hui dans l’arsenal français de l’assistance médicale à la procréation (AMP), vous connaissez surement l’insémination artificielle ou la FIV. 

Mais pour « suspendre » l’horloge biologique à proprement parler, il existe une technique : la congélation des ovocytes à un âge jeune. Dans ce cas là, l’impact de l’âge sur la fertilité chute. Le vieillissement de l’utérus impacte à peine la fécondité. Les responsables du « Tic, Tac », ce sont bien les ovocytes.

Lors de FIV par dons d’ovocyte notamment, les taux de fausses couches diminuent de manière significative. Pour une bonne raison : les donneuses sont jeunes et en bonne santé. Conséquence : avec des ovocytes "jeunes", 40% des grossesses vont à leur terme.

Un article de Marie Brière de la Hosseraye

Mise à jour février 2020

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Sources

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https://doi.org/10.7202/011408ar

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